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Nous étions nombreux à attendre depuis près d’une semaine le résultat de la demande de mise en liberté d’A., le dernier des 4 jeunes emprisonnés dans l’affaire dite Bagelstein. Parents, grands-parents, amis, professeurs et même quelques journalistes s’étaient préparés à être présent pour la sortie de prison, afin de pouvoir fêter cette liberté retrouvée après plus de 2 mois d’enfermement. Nous nous réjouissions de le savoir pouvoir profiter de la moitié de l’été, pour se poser, partir quelques jours avec ses amis, préparer la rentrée, retrouver un travail, toutes les choses qu’un étudiant de 19 ans a à faire.

Le skate-board était prêt, les lunettes de soleil et le peignoir aussi. Après la façon dont les choses s’étaient passées, ce procès ridicule, ressortir de prison accoutré en Jeff Lebowski était une façon d’apporter un peu d’équilibre dans la « force », opposer à l’absurde de la décision de justice ayant conduit 4 étudiants en prison un peu de légèreté et de distance. Cela aurait permis de faire redescendre aussi la pression, de reprendre pied avec la liberté en douceur. 2 mois passés dans une prison parmi les détenus de droit commun marque profondément, nous le savons bien.

Couloir ParloirLes 4 étudiants ont très rapidement décidé de faire appel, même si cela signifiait qu’ils ne bénéficieraient pas des remises de peine. Un acte courageux, de jeunes attachés à la justice. Non ne vous offusquez pas, cela a du sens aussi. Si l’appel ne supprimait pas les remises de peine toutes les personnes incarcérées feraient appel, les tribunaux seraient encore plus encombrés. Déjà qu’ils le sont beaucoup pour de nombreuses affaires tant notre pays prend la voie américaine en matière de judiciarisation des rapports sociaux. On peut donc comprendre que le ministère s’emploie à trouver des moyens d’alléger le travail des magistrats et plus généralement de la justice.

Pour les 4, faire appel c’est espérer renouer avec la justice. Entendons nous bien. Renouer avec non pas l’institution « Justice », mais renouer avec la justice, sérieusement mise à mal ici. Car il faut bien le dire, même si l’affaire Bagelstein n’a rien à voir avec la manifestation du 26 mai à rennes, au contraire de la façon dont l’affaire a été instruite par le procureur et largement reprise par le Juge, qui a pu ainsi s’appuyer sur un chef d’inculpation lourd afin de prononcer une peine importante, nous constatons un peu partout en France une judiciarisation des mouvements sociaux. C’est d’ailleurs ce que nous avons constaté au travers de cette affaire. Les opinions publiques sont chauffées à blanc, il n’y pas beaucoup de discernement, et certains n’hésitent pas, sans connaitre l’affaire au delà des articles de Ouest-France et de la décision de justice, à applaudir cette décision de justice à la suite d’articles pourtant bien documentés, comme en témoignent les échanges de commentaires en lien avec l’article paru dans le Mensuel de Rennes de juillet, où les propos les plus virulents émanent de personnes ne s’étant pas penchées sérieusement sur cette affaire.

C’est comme les frites Mc Cain, moins on connait plus on a un avis tranché, le pendant de cet état étant que plus on a du discernement plus on se renseigne avant de donner son avis. Dont acte. Malheureusement notre avis n’est pas demandé, ainsi fonctionne cette « justice » qui ressemble de plus en plus à celle de pays dont pourtant on dénonce les dérives…

C’est pourquoi les membres du comité de soutien soutiennent avec autant de force et d’énergie : parce qu’ils se sont renseignés, impliqués, documentés. C’est pourquoi autant d’articles ont été rédigés, chaque journaliste ayant fait son enquête, pour poser un regard le plus objectif possible.

Soutenir ces 4 jeunes dans la procédure d’appel est ainsi autant un signe de solidarité à leur égard que le marqueur d’un engagement fort pour des valeurs auxquelles des citoyens sont attachés, en conscience qu’afficher ce soutien est aussi s’attirer le regard désapprobateur de ceux qui pensent que si prison il y a bonne raison il y a. Ne leur en voulons pas, ceux-là croient encore en la justice, comme nous, mais avec une expérience un peu différente.

Près de 30 personnes étaient présentes lors de l’audience de la Demande de Mise en liberté qui s’est tenue le 26 juillet au Parlement. A. et son avocate étaient présents en visio-conférence. Le dossier a été présenté par la présidente du tribunal de façon factuelle. Bien que la reprise des éléments ayant conduit à l’incarcération ne fut pas facile à entendre, tant nous sommes pleinement conscients des manipulations judiciaires en présence (qui consistent essentiellement à présenter une situation de façon partiale), la magistrate a rappelé que l’audience n’avait pas pour objet de revenir sur le fond de l’affaire, à plus forte raison qu’un appel était en cours, mais de donner un avis sur une sortie anticipée. En d’autres termes y avait-il une bonne raison pour refuser à cet étudiant de sortir 3 semaines avant la fin de la peine ?

Au sein de l’assemblée nous avons pu sentir une forte indignation lorsque l’avocat général a plaidé en faveur du maintien en détention. Personne n’était surpris de la demande, mais tous se sont étonnés de la façon dont s’est comporté ce magistrat. Il revenait sur le procès, sur les faits, pour souligner ô combien A. était un dangereux activiste et que des risques forts de représailles étaient présents.

Sans même nous arrêter à ce jugement surprenant il faudrait nous expliquer ce en quoi un individu condamné à 3 mois de prison ne serait :

  1. Plus dangereux à l’issue des 3 mois
  2. Dangereux s’il sort 3 semaine avant ces 3 mois dans le cadre d’une demande de mise en liberté
  3. Pas dangereux s’il sort 3 semaine avant ces 3 mois dans le cadre des remises de peine réglementaires.

Ici l’attitude frisait le ridicule tant elle était grotesque. Ainsi donc sans aucune preuve ces 4 jeunes avaient été emprisonnés pour une banale altercation sur fond de mouvements sociaux, mais même des semaines après les manifestations les mensonges continuaient avec la même passion, avec un avocat général plaidant avec force ce en quoi l’ordre public était en danger si A. sortait avant le 26 août….

Pour un peu nous nous serions presque attendu à ce que l’avocat général demande un alourdissement de la peine, et à vrai dire cela aurait été presque logique et cohérent au vu de sa requête, défendue avec force, tant il est difficile de comprendre ce en quoi cet étudiant ne serait plus dangereux après le 26 août. Pardonnons à ce magistrat sa partialité, il n’est qu’un homme égal à tous les autres lorsqu’une épidémie de gastro-entérite sévit. Pardonnez cette impertinence, il est du devoir et des droits des citoyens de résister à l’oppression, un des quatre « droits naturels et imprescriptibles de l’homme » tels qu’établis dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Affaire Bagelstein - France 3

Affaire Bagelstein : A. reste en prison

Nous étions malgré tout confiants ce 2 août, parce que les échanges qui ont suivi entre la présidente du tribunal, A. et son avocate ont été de qualité, chacun ayant pu découvrir un étudiant posé, calme et digne, et retrouver pour ceux qui le connaissaient ce génial compagnon de théâtre, ami ou élève de lycée ou de fac, fils ou petit-fils. Nous y avons cru parce qu’il n’y avait aucune raison de laisser encore plus longtemps Amaël en prison, parce que si déjà le premier jugement avait été scandaleusement lamentable, à tout le moins, cette nouvelle audience allait permettre de voir combien cet étudiant n’avait rien à faire en prison. Mais nous nous trompions, comme nous nous étions trompés lors du procès du 26 mai dernier.

Hier en début d’après-midi le délibéré nous a tous choqués. La DML a été refusée, A. restera en prison jusqu’au 26 août. Une décision qui soulève l’indignation, peu digne de la justice à laquelle nous croyons.

Après la sidération, renforcée par ce que nous savons tous de ce à quel point la justice peut être à plusieurs vitesses, selon que vous serez puissant ou misérable, nous avons découvert qu’elle a aussi son côté sombre, son « upside-down », où elle se transforme en instrument du pouvoir même dans le pays de la déclaration des droits de l’homme.

 

Interviewé par le Télégramme dans un article du Le Télégramme, 2 août 2016, l’avocat général, sans doute satisfait de sa réussite, enfonce le clou :

Ce n’était pas une rixe banale, elle s’est déroulée dans le contexte particulier d’une manifestation publique au cours de laquelle plusieurs individus voulant vérifier les pratiques commerciales d’un établissement ont volontairement troublé l’ordre public et fait pression sur les employés et les clients.

Ben voyons… Puis, le journaliste du Télégramme ajoute, parlant du-dit avocat général :

Il a stigmatisé le comportement du prévenu, en notant qu’il ne s’était pas désolidarisé du rassemblement de soutien organisé devant le restaurant visé, au moment même ou se déroulait l’audience de première instance. « Il y a une volonté revendicative tellement forte, une telle volonté de troubler l’ordre et de faire pression sur le plaignant que le risque de réitération est réel. Je ne veux pas qu’il y ait à nouveau des troubles devant cet établissement !

Des propos digne des tribunaux des pires périodes de notre histoire, où les mensonges n’étouffaient pas les accusateurs (car il s’agit de mensonges, à aucun moment A. n’a été interrogé par ce magistrat pour connaitre ses motivations et sa position), jamais ou presque inquiétés par un peuple travaillé au corps pour appeler de ses vœux les peines prononcées à l’encontre des accusés, ou docile à force de coups portés par le pouvoir.

La manifestation qui s’était tenue devant la sandwicherie Bagelstein le jour de l’audience en première instance, motivée par l’indignation de nombreuses personnes après l’interpellation des 4 étudiants (qui a frôlé le ridicule tant le déploiement des agents de la BAC était démesuré eu égard à la situation), a justifié le mandat de dépôt. On croit rêver. Ainsi donc si une situation indigne des citoyens et que ces derniers expriment pacifiquement leur indignation cela motive des sanctions pénales ? Heureusement que l’avocat général et ceux qui ont joué un rôle dans cette sanction inique ne lisent rien d’autre que « Ouest-France », je n’ose imaginer les peines qui auraient été prononcées contre les 4 jeunes s’ils avaient eu connaissance des nombreuses manifestations menées à l’encontre des sandwicheries de la franchise Bagelstein. A n’en point douter ces « courtes-vue », que nous espérons isolés, auraient associé ces manifestations à la démarche des 4 jeunes, en leur demandant s’ils s’en désolidarisaient.

La justice est indépendante pour éviter les pressions, et c’est heureux. Les juges et les magistrats ne sont pas pénalement responsables de leurs décisions ainsi que des conséquences, c’est tant mieux, la justice est une et indivisible, un principe noble. Mais la où cette concorde d’Etat est sérieusement mise à mal c’est quand de telles disparités existent dans les peines prononcées. La radicalisation judiciaire constatée à Rennes est-elle une situation conjoncturelle, liée à quelques magistrats seulement ou une tendance installée depuis quelques temps déjà grâce à la présence de quelque intouchables d’influence ? Nous nous posons de plus en plus la question. Une justice équitable dites-vous ? Quelle mascarade…

Nous ne nous y trompons pas, il s’agit d’un acharnement judiciaire conduit par quelques dépositaires de l’autorité dont le discernement atrophié permet de servir des intérêts très éloignés de la justice à laquelle nous croyions pourtant.

Ceux-ci agissent en parfait complices de ceux qui installent le totalitarisme dans les états démocratiques. Du haut de leur suffisance, rarement remise en question, ils prennent des décisions aux conséquences lourdes. Drapés de leurs certitudes ils ont le sentiment de servir la justice ? Ce ne sont que des tentatives pour « dresser » le peuple.

Dommage pour eux, l’iniquité de leurs jugements, l’insupportable de leurs décisions, l’inconséquence de leurs attitudes ont pour principal effet d’ouvrir les yeux à une large frange de la population qui jusqu’ici possédait encore un peu de confiance en la justice. Lavoisier ne s’y trompait pas plus, rien ne se créé, rien ne se perd, tout se transforme. Ces décisions sont tellement iniques qu’elles amènent des contre-réactions. C’est l’effet Streisand, avec ici comme première conséquence une attention renforcée et nationale sur les sandwicheries Bagelstein et la communication tendancieuse de la chaîne, avec pour conséquences les actions conduites un peu partout en France dont les médias se sont fait l’écho.

Un message se diffuse depuis ainsi quelques temps. Quelles que soient vos raisons de l’ouvrir, de manifester, même si vous êtes dans votre bon droit, ne serait-ce que dans la dénonciation de comportements fautifs de quelques-uns, le pouvoir veille au grain, les outils de la coercition sont bien en place.

Vous souhaitez soutenir les 4 jeunes concernés par l’affaire Bagelstein ? Signez la pétition, diffusez-là, parlez-en autour de vous, luttez contre ceux qui parlent sans savoir par les mots.

Comme le disent les jeunes qui ont été si injustement condamnés aucun n’en veut au patron du Bagelstein rennais, il n’y aucune raison de lui reprocher ce qui s’est passé. Son agacement à l’égard de personnes venant faire les curieux dans sa boutique peut se comprendre autant que l’indignation de ceux qui s’offusquent de la communication de l’enseigne nationale. Nous ne sommes pas dupes, l’emprisonnement des 4 jeunes n’est pas du fait de Bagelstein, situation qui aurait dû être traitée tout à fait autrement, dans un apaisement facilement accessible comme en témoignent les vidéos de l’interpellation, prises dans la minute ou presque qui a suivi l’altercation, où l’on voit ces 4 jeunes, très calmes, rejoindre le camion de la police pour la garde à vue, entourés d’une presque dizaine d’agents de la BAC présents sur les lieux avec une rapidité qu’on aimerait bien voir dans d’autres situations.

Pathétique…. Du début à la fin… Et ridicule….

Allez, courage A., derrière toi nous sommes nombreux, très nombreux.

 

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